Le Da Hong Pao, « Grande robe rouge », est un oolong chinois des monts Wuyi, dans le nord de la province du Fujian. C’est le plus célèbre des yan cha, les « thés de roche », ainsi nommés parce que les théiers poussent entre les falaises et sur des sols rocailleux. Ses longues feuilles torsadées, sombres et torréfiées au charbon donnent une liqueur ambrée, minérale, aux notes de grillé, de cacao et de fruits secs. Il est l’un des grands noms du thé chinois et l’un des oolongs les plus prestigieux, aux antipodes du Tie Guan Yin floral du sud du Fujian.
Origine et histoire
Les monts Wuyi forment un massif de pics de grès rouge, de gorges et de rivières, classé au patrimoine mondial. Le thé y est cultivé depuis des siècles, et c’est dans cette région qu’ont été mis au point, sous les Ming et les Qing, les premiers oolongs et les premiers thés noirs. Les thés de la zone historique sont aujourd’hui réunis sous l’appellation « thé de roche de Wuyi » (Wuyi Yan Cha), un nom protégé en Chine et reconnu dans l’Union européenne.
La légende de la Grande robe rouge
Plusieurs récits expliquent ce nom. Le plus répandu raconte qu’un lettré, tombé malade en route vers les examens impériaux, aurait été réconforté par un moine qui lui offrit le thé d’un théier poussant à flanc de falaise. Reçu aux examens, il serait revenu couvrir les théiers de sa robe rouge de fonctionnaire en signe de gratitude.
Ces théiers d’origine, appelés « arbres mères », existent toujours : quelques pieds accrochés à une paroi rocheuse du site de Jiulongke. Ils ne sont plus récoltés depuis le début du XXIe siècle et sont protégés. Le Da Hong Pao que l’on boit aujourd’hui provient de théiers multipliés par bouturage à partir de ces arbres, ou d’assemblages de plusieurs cultivars de Wuyi composés pour retrouver son style.
Une transformation longue et artisanale
Le Da Hong Pao suit le parcours d’un oolong à oxydation moyenne : flétrissage, brassage des feuilles pour lancer l’oxydation, fixation à la chaleur, roulage. Ce qui le distingue, c’est la torréfaction finale. Les feuilles sont chauffées longuement et à plusieurs reprises au-dessus de braises de charbon de bois recouvertes de cendre, parfois pendant des semaines, avec des périodes de repos entre chaque passage. Cette étape développe ses notes grillées et lui permet de se conserver longtemps.
Goût et caractéristiques
À sec, le Da Hong Pao se présente en longues feuilles torsadées, brun sombre presque noir, avec des reflets bleutés ou verdâtres. Elles dégagent une odeur de grillé, de bois et de fruits secs.
La liqueur est orange à ambrée, brillante. En bouche, le Da Hong Pao est ample et chaleureux : notes de pain grillé, de cacao, de caramel, de noyau de fruit, de pêche séchée, parfois de tabac doux. Mais ce qui fait sa réputation, c’est une sensation minérale persistante que les Chinois appellent yan yun, le « charme de la roche » : une longueur en bouche presque saline, qui revient longtemps après la gorgée.
Un Da Hong Pao fraîchement torréfié peut paraître un peu sec ou fumé. Les amateurs le laissent souvent reposer quelques mois pour que le feu s’apaise. Sa teneur en théine est moyenne.
Comment le préparer
Le Da Hong Pao révèle toute sa richesse en gongfu cha, la préparation chinoise en petite théière ou en gaiwan, mais il se boit aussi très bien à l’occidentale.
- Température : 95 à 100 °C, une eau tout juste frémissante ou bouillante.
- Dosage à l’occidentale : 3 g pour 20 cl, 3 à 4 minutes.
- Dosage en gongfu cha : 5 à 7 g pour 10 cl, infusions de 10 à 30 secondes, en allongeant au fil des passages.
- Rinçage : un premier passage d’eau rapide, jeté aussitôt, réveille les feuilles.
- Réinfusions : deux à trois en théière, six à huit en gongfu, parfois davantage.
- Moment : l’après-midi, après un repas copieux, ou en hiver pour sa chaleur.
| Repère | Da Hong Pao | Tie Guan Yin jade | Lapsang Souchong |
|---|---|---|---|
| Famille | Oolong | Oolong | Thé noir |
| Région | Monts Wuyi, nord du Fujian | Anxi, sud du Fujian | Monts Wuyi, nord du Fujian |
| Oxydation | Moyenne | Légère | Complète |
| Signature | Torréfaction au charbon | Roulage en billes | Fumage au bois de pin |
| Goût | Minéral, grillé, cacao | Orchidée, beurre | Fumé, résineux, fruits secs |
| Température | 95 à 100 °C | 90 à 95 °C | 90 à 95 °C |
Les autres thés de roche de Wuyi
Le Da Hong Pao fait partie des « quatre grands buissons » de Wuyi, avec le Tie Luo Han, le Shui Jin Gui et le Bai Ji Guan. On trouve aussi dans la région le Rou Gui, aux notes épicées de cannelle, et le Shui Xian, plus rond et boisé. Tous partagent le caractère minéral du terroir et la torréfaction au charbon, avec des nuances propres à chaque cultivar.
Questions fréquentes
Pourquoi le Da Hong Pao s’appelle-t-il Grande robe rouge ?
Le nom vient d’une légende : un lettré reconnaissant aurait couvert les théiers de sa robe rouge de fonctionnaire impérial. D’autres récits attribuent le geste à un empereur. Le nom ne décrit pas la couleur des feuilles, qui sont brun sombre.
Le Da Hong Pao vendu aujourd’hui vient-il des arbres mères ?
Non. Les quelques arbres mères de Jiulongke ne sont plus récoltés et sont protégés. Le Da Hong Pao du commerce provient de boutures de ces théiers ou d’assemblages de cultivars de Wuyi, dont la qualité varie beaucoup selon le terroir et le savoir-faire.
Le Da Hong Pao est-il un thé noir ?
Non, c’est un oolong. Sa couleur sombre et ses notes torréfiées peuvent prêter à confusion, mais son oxydation reste partielle. Les monts Wuyi produisent aussi un thé noir célèbre, le Lapsang Souchong.
Combien de temps se conserve-t-il ?
Grâce à sa torréfaction, le Da Hong Pao se garde bien plusieurs années dans une boîte hermétique, à l’abri de la lumière et de l’humidité. Il s’adoucit même souvent avec le temps.
Pour aller plus loin
- Comparez avec l’autre grand oolong du Fujian, le Tie Guan Yin.
- Découvrez le thé noir né dans les mêmes montagnes, le Lapsang Souchong.
- Comprenez la famille des thés semi-oxydés sur notre page thé oolong.
- Revenez aux grands noms du thé chinois.
Références pour aller plus loin
Des ressources reconnues, en anglais pour la plupart, pour vérifier une plante, ses précautions et ses interactions :
- Green Tea — National Center for Complementary and Integrative Health (NIH, États-Unis)
- HerbalGram — American Botanical Council
- James Norwood Pratt's Tea Dictionary — James Norwood Pratt, ouvrage de référence du métier du thé
- Tea Lover's Treasury — James Norwood Pratt