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Keemun

Le thé noir élégant du sud de l'Anhui

Publié le · mis à jour le

Le thé Keemun, ou Qimen en transcription moderne, est un thé noir chinois produit dans le district de Qimen, au sud de la province de l’Anhui. Fines feuilles noires, liqueur rouge-orangé, goût doux aux notes de cacao, de fruits secs, d’orchidée et parfois de fumée légère : c’est l’un des thés noirs les plus fins de Chine, et il a longtemps servi de base aux mélanges du petit-déjeuner à l’anglaise. Il figure parmi les classiques du thé chinois et constitue une excellente porte d’entrée vers le thé noir d’origine.

Origine et histoire

Le district de Qimen est une région de collines boisées, humide et souvent brumeuse, au sud des monts Huangshan. Avant de produire du thé noir, il était connu pour ses thés verts. Le Keemun noir apparaît à la fin du XIXe siècle : un ancien fonctionnaire de la région, ayant observé les méthodes de fabrication du thé noir au Fujian, les aurait adaptées aux feuilles locales. Le succès est rapide, notamment à l’exportation.

Le Keemun gagne alors l’Angleterre, où il est apprécié pour sa douceur et sa capacité à se marier avec le lait. Il entre dans la composition de nombreux mélanges du matin, dont l’English Breakfast, aux côtés de thés indiens et ceylanais plus corsés. On le compte souvent, avec le Darjeeling et l’Uva de Ceylan, parmi les thés noirs les plus parfumés du monde.

Comment il est fabriqué

Le Keemun suit le procédé classique du thé noir chinois, appelé hong cha, « thé rouge », en Chine, en référence à la couleur de la liqueur. Les feuilles sont flétries pour s’assouplir, roulées longuement pour briser leurs cellules, puis laissées à oxyder complètement dans une pièce chaude et humide. Elles sont enfin séchées. Le travail de tri et de calibrage qui suit est minutieux et donne les différents grades.

Goût et caractéristiques

À sec, le Keemun classique se présente en feuilles fines, serrées, presque noires, légèrement brillantes. Les grades les plus fins, comme le Keemun Hao Ya, contiennent quelques bourgeons dorés.

La liqueur est rouge-orangé, limpide. En bouche, le Keemun est doux, rond et peu astringent. Ses notes typiques évoquent le cacao, le pain grillé, les fruits secs, la prune et une touche florale rappelant l’orchidée ou la rose. Certains lots offrent une très légère note fumée, bien plus discrète que celle du Lapsang Souchong. Les Chinois parlent d’un « arôme de Qimen », reconnaissable entre tous.

Comme tout thé noir, il contient une quantité notable de théine. C’est un thé du matin et du début d’après-midi.

Les principaux grades

On rencontre plusieurs appellations, qui désignent surtout la finesse de la cueillette et le calibrage des feuilles :

  • Keemun Mao Feng : feuilles et bourgeons entiers, légèrement torsadés, goût fruité et délicat.
  • Keemun Hao Ya : grade fin, riche en bourgeons, plus doux et plus parfumé.
  • Keemun Xiang Luo : feuilles fines et roulées en spirale, aromatique.
  • Keemun classique : feuilles fines et calibrées, le style le plus courant à l’exportation.

Comment le préparer

Le Keemun est facile à réussir, à condition de ne pas trop le laisser infuser.

  • Température : 90 à 95 °C.
  • Dosage : 2 à 3 g pour 20 cl, soit une cuillère à café bombée.
  • Durée : 3 à 4 minutes. Au-delà, l’astringence apparaît.
  • Réinfusions : une deuxième infusion est possible avec les grades fins ; en gaiwan, trois à cinq infusions courtes.
  • Avec ou sans lait : il se boit idéalement nature, mais il supporte un nuage de lait mieux que beaucoup de thés chinois.
  • Moment : le petit-déjeuner, ou l’après-midi avec une pâtisserie.
RepèreKeemunLapsang SouchongDarjeeling
Pays et régionChine, AnhuiChine, monts Wuyi (Fujian)Inde, contreforts de l’Himalaya
Feuille sècheFine, noire, serréeGrande, noire, torsadéeVariable selon la récolte
GoûtCacao, fruits secs, fleursFumé, résineuxMuscat, fleurs, fruits frais
AstringenceFaibleFaible à moyenneMoyenne
Avec du laitPossiblePossiblePlutôt nature
Température90 à 95 °C90 à 95 °C85 à 95 °C

Avec quoi l’associer

Le Keemun accompagne très bien le chocolat noir, les biscuits au beurre, les scones, les gâteaux aux fruits secs et les tartes aux pommes. Sa rondeur se marie aussi avec des plats salés doux : volaille rôtie, champignons, fromages à pâte pressée. Il fait enfin une excellente base de thé glacé, avec un zeste d’orange.

Questions fréquentes

Keemun et Qimen, est-ce le même thé ?

Oui. Keemun est l’ancienne transcription occidentale du nom du district, Qimen est la transcription moderne en pinyin. Les deux désignent le thé noir de ce district du sud de l’Anhui.

Le Keemun est-il un thé fumé ?

Non, pas au sens du Lapsang Souchong. Certains lots présentent une très légère note fumée ou grillée, issue de la fabrication, mais elle reste discrète et s’efface derrière les arômes de cacao et de fruits secs.

Peut-on mettre du lait dans un Keemun ?

Oui. Sa douceur et sa faible astringence le rendent compatible avec un peu de lait, ce qui explique son succès historique en Angleterre. Pour apprécier ses nuances florales, goûtez-le d’abord nature.

Le Keemun convient-il le soir ?

Comme tout thé noir, il contient de la théine. Mieux vaut le réserver au matin et au début d’après-midi si vous êtes sensible.

Pour aller plus loin

Références pour aller plus loin

Des ressources reconnues, en anglais pour la plupart, pour vérifier une plante, ses précautions et ses interactions :

  • Green Tea — National Center for Complementary and Integrative Health (NIH, États-Unis)
  • HerbalGram — American Botanical Council
  • James Norwood Pratt's Tea Dictionary — James Norwood Pratt, ouvrage de référence du métier du thé
  • Tea Lover's Treasury — James Norwood Pratt