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Pu-erh

Le thé qui se bonifie avec le temps

Publié le · mis à jour le

Le Pu-erh (ou pu erh, puer) est un thé sombre de la province du Yunnan, dans le sud-ouest de la Chine, fait de grandes feuilles de théiers anciens, souvent compressées en galettes. Sa particularité : il évolue avec le temps, comme un vin de garde. Il existe en version crue, qui vieillit lentement, et en version cuite, fermentée pour offrir tout de suite un goût de sous-bois et de terre humide. C’est l’un des thés les plus singuliers de la gamme des thés chinois, et le chef de file des thés sombres.

Origine et histoire du Pu-erh

Le Pu-erh doit son nom à la ville de Pu’er, dans le sud du Yunnan, ancien marché où convergeaient les thés des montagnes voisines. Les feuilles viennent surtout de la région de Xishuangbanna et des montagnes qui bordent le Laos et la Birmanie, berceau du théier. On y cultive une variété à grandes feuilles, parfois sur des arbres de plusieurs siècles.

Pendant longtemps, le thé du Yunnan était compressé en galettes ou en briques pour être transporté à dos de mulet ou de cheval vers le Tibet et l’Asie centrale, le long de la route du thé et des chevaux. Au fil de ces voyages de plusieurs mois, le thé changeait de goût et s’arrondissait. C’est ce vieillissement naturel qui a fait la réputation du Pu-erh.

Dans la seconde moitié du XXe siècle, des producteurs du Yunnan ont mis au point une fermentation accélérée pour obtenir en quelques semaines un goût proche d’un thé vieilli : c’est la naissance du Pu-erh cuit.

Pu-erh cru et Pu-erh cuit

CritèrePu-erh cru (sheng)Pu-erh cuit (shou)
FabricationFeuilles fixées, roulées, séchées au soleil puis compresséesMêmes feuilles, fermentées en tas humide plusieurs semaines
Couleur de la liqueurJaune doré, s’assombrit avec l’âgeRouge-brun très foncé
Goût jeuneVégétal, fruité, astringentSous-bois, terre, cacao, bois
ÉvolutionSe transforme pendant des annéesÉvolue peu, s’adoucit
Pour quiLes amateurs patientsLes débutants, les amateurs de goûts ronds

Le Pu-erh cru jeune rappelle un thé vert puissant, avec de l’amertume et des notes d’abricot ou de fleurs. En vieillissant, il prend des arômes de fruits secs, de camphre, de cuir et de bois ancien. Le Pu-erh cuit, lui, est doux, sans amertume, avec une texture presque veloutée.

Les formes du Pu-erh

Le Pu-erh se vend en vrac, mais surtout compressé. La forme la plus classique est la galette ronde, ou bing cha, enveloppée dans du papier. On trouve aussi le tuo cha, en forme de nid d’oiseau, la brique rectangulaire, et de petites portions individuelles. Pour l’utiliser, on détache délicatement quelques feuilles avec un pic à thé ou la pointe d’un couteau, en suivant les couches pour ne pas trop les briser.

La conservation compte beaucoup : à l’abri de la lumière et des odeurs, dans un endroit sec mais pas trop, et avec un peu d’air. C’est ce qui permet à un Pu-erh cru de mûrir chez vous.

Comment préparer le Pu-erh

Le Pu-erh demande une eau très chaude et un rinçage préalable, qui réveille les feuilles compressées et élimine les poussières.

  • Dosage : 3 à 4 g pour 20 cl en théière classique ; 5 à 7 g pour 10 cl en gaiwan ou petite théière.
  • Rinçage : couvrez les feuilles d’eau bouillante, jetez cette eau au bout de quelques secondes.
  • Température : 95 à 100 °C pour le cuit, 90 à 95 °C pour un cru jeune.
  • Temps : 3 à 4 minutes en théière ; 10 à 30 secondes en gongfu cha, en allongeant peu à peu.
  • Infusions : cinq à dix en gongfu cha, deux à trois en théière.

Le Pu-erh cuit se boit volontiers après un repas copieux, où son goût rond et sa chaleur sont appréciés. La tradition chinoise lui prête un rôle d’accompagnement de la digestion. Il contient de la théine, en quantité comparable aux autres thés : le dire « sans théine » est une idée reçue.

Pu-erh et autres thés sombres

Le Pu-erh n’est pas le seul thé post-fermenté de Chine. Le Liu Bao du Guangxi, aux notes boisées et de racine, et les thés d’Anhua dans le Hunan, souvent pressés en briques, appartiennent à la même famille. Si vous aimez les goûts profonds, le Lapsang Souchong, thé noir fumé, ou un oolong très torréfié comme le Da Hong Pao sont d’autres pistes à explorer.

Questions fréquentes

Quelle différence entre Pu-erh et thé noir ?

Le thé noir est entièrement oxydé juste après la cueillette, puis séché : il ne change presque plus ensuite. Le Pu-erh subit une fermentation par des micro-organismes, lente pour le cru, accélérée pour le cuit, et continue d’évoluer pendant des années. Les goûts n’ont rien à voir : le Pu-erh est plus terreux et boisé.

Le Pu-erh contient-il de la théine ?

Oui. Sa teneur dépend des feuilles et de la préparation, mais elle reste comparable à celle des autres thés. Si vous êtes sensible, préférez-le au déjeuner plutôt qu’en soirée, ou raccourcissez l’infusion.

Comment savoir si un Pu-erh est de qualité ?

Les feuilles doivent être entières ou en gros fragments, l’odeur propre, sans moisi ni poussière. La liqueur doit rester limpide, même foncée. Un bon Pu-erh supporte de nombreuses infusions sans devenir fade.

Peut-on conserver un Pu-erh longtemps ?

Oui, c’est même tout son intérêt pour le Pu-erh cru, qui s’améliore pendant des années. Le Pu-erh cuit se garde aussi très bien, mais évolue moins. Évitez seulement l’humidité excessive et les odeurs fortes.

Pour aller plus loin

Références pour aller plus loin

Des ressources reconnues, en anglais pour la plupart, pour vérifier une plante, ses précautions et ses interactions :

  • Green Tea — National Center for Complementary and Integrative Health (NIH, États-Unis)
  • HerbalGram — American Botanical Council
  • James Norwood Pratt's Tea Dictionary — James Norwood Pratt, ouvrage de référence du métier du thé
  • Tea Lover's Treasury — James Norwood Pratt