L’Oriental Beauty, que l’on appelle en français Beauté orientale et à Taïwan Dong Fang Mei Ren, est un oolong très oxydé dont les feuilles ont été piquées par un minuscule insecte, la cicadelle, avant la récolte. Cette morsure déclenche chez le théier une réaction qui donne au thé ses arômes inimitables de miel, de raisin muscat et de fruits mûrs. C’est l’une des spécialités les plus célèbres parmi les thés taïwanais, et un thé à part dans la grande famille de l’oolong.
Origine et histoire
La Beauté orientale vient du nord-ouest de Taïwan, principalement des comtés de Hsinchu et de Miaoli, autour des villages de Beipu et d’Emei. Ce sont des collines de basse altitude, chaudes et humides en été, bien différentes des montagnes où poussent les oolongs comme l’Alishan.
Selon la tradition locale, son origine tient presque de l’accident. Un été, des théiers attaqués par la cicadelle verte donnent des feuilles jaunies et recroquevillées. Plutôt que de jeter la récolte, un cultivateur la transforme et la vend. Le thé obtenu se révèle étonnamment parfumé et trouve preneur à bon prix. Les voisins, incrédules, l’auraient surnommé « le thé du vantard », nom que l’on entend encore à Taïwan.
Le nom de Beauté orientale est lié à son succès à l’exportation : au XIXe et au début du XXe siècle, ce thé fait partie des oolongs de Formose expédiés vers l’Europe. Une légende très répandue veut qu’une souveraine britannique, charmée par sa couleur et son parfum, lui ait donné ce nom poétique. Rien ne permet de le vérifier, mais l’histoire a fait le tour du monde.
On le rencontre aussi sous les noms de Bai Hao oolong, « oolong aux pointes blanches », en référence aux bourgeons duveteux mêlés aux feuilles, ou de Champagne oolong.
Le rôle de la cicadelle
C’est l’élément qui rend ce thé unique. La cicadelle verte est un tout petit insecte qui se nourrit de la sève des jeunes pousses du théier. Lorsqu’elle pique la feuille, la plante se défend en produisant des composés aromatiques particuliers. Ce sont ces substances, développées ensuite par l’oxydation, qui donnent au thé ses notes de miel et de muscat.
Cette particularité a deux conséquences.
- Une culture sans insecticide. Pour que la cicadelle vienne, le jardin ne doit pas être traité contre les insectes. La Beauté orientale est donc, par nature, un thé de culture très respectueuse.
- Une récolte d’été. L’insecte est actif pendant les mois chauds. La cueillette a lieu au début de l’été, quand les feuilles ont été suffisamment piquées. Le rendement est faible, car les pousses attaquées restent petites.
Fabrication
La cueillette se fait à la main : un bourgeon et une ou deux jeunes feuilles. Les feuilles sont flétries, puis brassées à plusieurs reprises pour amorcer l’oxydation, qui est poussée bien plus loin que pour la plupart des oolongs taïwanais. La Beauté orientale fait partie des oolongs les plus oxydés, ce qui la rapproche d’un thé noir. Les feuilles sont ensuite chauffées pour fixer l’oxydation, enveloppées un moment dans un linge humide, puis torsadées et séchées.
Contrairement aux oolongs de montagne, elles ne sont pas roulées en perles. Le résultat est un mélange de feuilles torsadées de plusieurs couleurs : brun, rouge, ambre, avec des pointes blanches et argentées, d’où son surnom de « thé aux cinq couleurs ».
Goût et caractéristiques
| Critère | Beauté orientale |
|---|---|
| Famille | Oolong très oxydé |
| Région | Hsinchu et Miaoli, nord-ouest de Taïwan |
| Récolte | Début de l’été |
| Feuille | Torsadée, brune, rouge et blanche, avec bourgeons duveteux |
| Liqueur | Ambre orangé, limpide |
| Arômes | Miel, raisin muscat, pêche, fruits mûrs, légère note boisée |
| Texture | Ronde, douce, sans amertume |
| Théine | Modérée |
La première gorgée surprend par sa douceur naturelle : on croit avoir sucré la tasse. Le miel domine, accompagné de notes de fruits jaunes mûrs et, chez les meilleurs lots, d’un parfum de raisin muscat proche de certains Darjeeling d’été. La finale est longue, chaleureuse, sans astringence.
Comment la préparer
La Beauté orientale est un thé délicat : ses bourgeons fins n’aiment pas l’eau bouillante. Voici quelques repères.
- Température : quatre-vingts à quatre-vingt-cinq degrés.
- Dosage : trois grammes pour vingt centilitres d’eau. Les feuilles sont volumineuses : une cuillère à soupe rase environ.
- Durée : trois à quatre minutes pour la première infusion.
- Infusions : trois à quatre avec les mêmes feuilles, en allongeant un peu la durée à chaque passage.
- En gong fu cha : cinq grammes pour une petite théière de dix à quinze centilitres, infusions de quarante-cinq secondes environ.
- Moment : l’après-midi, ou après un repas. Sa douceur en fait un thé de dessert sans sucre.
Elle se boit nature : ni lait ni sucre ne sont nécessaires, et ils masqueraient son parfum.
Questions fréquentes
Pourquoi l’appelle-t-on Oriental Beauty ?
Le nom anglais Oriental Beauty, traduit en Beauté orientale, viendrait de son succès en Occident au XIXe siècle. La légende d’une reine qui l’aurait baptisée n’est pas vérifiable. À Taïwan, on dit Dong Fang Mei Ren, qui signifie exactement « beauté de l’Orient ».
La Beauté orientale est-elle un thé noir ?
Non, c’est un oolong, mais l’un des plus oxydés qui soient. Sa liqueur ambrée et ses arômes de fruits mûrs la rapprochent d’un thé noir léger, tandis que sa douceur et sa rondeur restent celles d’un oolong.
La piqûre d’insecte est-elle gênante ?
Pas du tout. La cicadelle se contente de sucer la sève des jeunes pousses ; elle n’est pas présente dans le thé fini. Sa piqûre déclenche simplement la production des arômes recherchés.
Combien de temps se conserve-t-elle ?
Bien conservée, à l’abri de l’air, de la lumière et de l’humidité, elle garde ses qualités plusieurs années. Comme elle est très oxydée, elle vieillit mieux qu’un oolong vert et ses notes de miel peuvent même s’arrondir avec le temps.
Pour aller plus loin
- Revenir à la présentation des thés taïwanais et de leurs grandes variétés.
- Découvrir l’Alishan, oolong de montagne bien plus léger, ou le thé noir du Sun Moon Lake.
- Comprendre toute la gamme de l’oolong, du plus vert au plus oxydé.
Références pour aller plus loin
Des ressources reconnues, en anglais pour la plupart, pour vérifier une plante, ses précautions et ses interactions :
- Green Tea — National Center for Complementary and Integrative Health (NIH, États-Unis)
- HerbalGram — American Botanical Council
- James Norwood Pratt's Tea Dictionary — James Norwood Pratt, ouvrage de référence du métier du thé
- Tea Lover's Treasury — James Norwood Pratt